La recherche d’autonomie des agriculteurs

L’autonomie est un concept de philosophie politique qui signifie étymologiquement ‘se gouverner soi-même’. L’autonomie des agriculteurs peut donc être définie comme la capacité et la liberté des agriculteur.rices à choisir et négocier leurs relations de dépendance et à prendre des décisions sur leurs fermes selon leurs propres valeurs. La recherche d’autonomie est centrale dans la paysannerie : elle est constituante de l’identité agricole.

A partir d’une recherche bibliographique et d’entretiens avec des scientifiques, conseiller.es techniques et agriculteur.rices du Nord-Comminges, une série d’indicateurs a pu être proposé aux partenaires du projet pour suivre et évaluer l’autonomie des agriculteur.rices. Classés en fonction de grandes thématiques liées à l’autonomie, ces indicateurs ont fait l’objet d’une délibération collective, afin de les ordonner ou d’estimer leur pertinence par rapport aux phénomènes à étudier.

L’exercice de diagnostic contribue à une bonne connaissance de la situation de départ, à la fois pour les gestionnaires et pour les participants à un projet. Il amène à comprendre les enjeux locaux, dans le but d’adapter le projet aux attentes des participants. Le diagnostic agricole du projet COTERRA est le résultat d’enquêtes menées auprès de fermes impliquées dans le collectif, prenant la forme d’entretiens semi-directifs, et s’appuyant sur un questionnaire pour comprendre leur fonctionnement (social, économique, agronomique), leurs objectifs et leurs projets.

Le concept dit « frontière » de l’autonomie des agriculteurs a été présenté au colloque POLLEN 2024 à Lund (Suède). L’autrice explique en quoi ce concept émergé au sein du travail de recherche-action participative de COTERRA, et les liens entre la recherche d’autonomie et les autres enjeux agricoles du territoire du Nord-Comminges.

Les leviers pour l’autonomie des agriculteurs

Au-delà des évolutions de pratiques des agriculteurs au sein de leurs fermes, un certain nombre de variables liées au contexte dans lequel ils s’insèrent peuvent favoriser ou limiter leur autonomie. Au sein du projet COTERRA ont été étudiées :

Plusieurs travaux scientifiques ont identifié la coopération entre pairs comme un levier important pour favoriser l’autonomie des fermes. Par exemple, la coopération permet de réduire l’achat d’intrants externes via l’échange de ressources, de réduire la dépendance aux sélectionneurs privés et à l’achat de semences hybrides via l’échange de savoirs, de réduire les coûts via le partage de matériel ou l’entraide, ou encore de constituer des formes de résistance à des relations de dépendances vécues comme injustes. Cependant la coopération entre pairs a également ses limites ; elle peut avoir de forts coûts de transaction et renforcer les inégalités sociales existantes.

Parmi les facteurs limitant ou favorisant la prise de décision des agriculteurs – et donc leur autonomie, l’organisation des filières et les jeux d’acteurs associés ont été également été étudiés dans une démarche de diagnostic. La façon dont un produit peut être commercialisé sur un territoire conditionne en effet l’intérêt (économique, patrimonial, logistique, etc.) des agriculteurs pour cette production. Réciproquement, les évolutions des modes et types de production influencent également les filières de commercialisation associées.

Quelques productions complémentaires :

  • Suite aux mobilisations des agriculteurs et aux multiples reprises médiatiques du début de l’année 2024, le collectif de partenaires a publié une tribune pour analyser et éclairer scientifiquement les débats.
  • En partenariat avec la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie, les coordinatrices du projet ont animé un webinaire à destination des animateur.rices de collectifs d’agriculteurs, pour détailler en quoi la collaboration entre agriculteurs peut soutenir l’autonomie.
  • Afin de restituer les questionnements liés à l’autonomie des agriculteurs, l’équipe de recherche a produit une conférence dessinée, sous la forme d’une scénette. Jules, Bastien et Jeannette, les trois personnages qui se répondent, sont caractéristiques des dynamiques commingeoises.